Les comédies romantiques comme on les aime

Depuis 2014 et son adaptation de "Gekkan Shōjo Nozaki-kun", le studio Doga Kobo n'aura jamais réussi à me convaincre. La plupart des titres qui ont suivi n'étaient pas vraiment à mon goût. Mais en 2018, voilà que la nouvelle tombe ! Une communication réussie autour d'un visuel mystérieux, les genres "Comédie" et "Romance" rassemblés, le staff de "Gekkan Shōjo Nozaki-kun" retrouvé, un casting prometteur… Il ne m'en faut pas plus pour m'emballer !

Un titre qui balance entre forces et faiblesses

Comme souligné dans l’introduction, “Gekkan Shōjo Nozaki-kun” est la dernière excellente série du studio Doga Kobo que j’ai vu. Avec l’annonce de “Tada-kun wa koi wo shinai” réalisé par un staff similaire (le réalisateur Yamazaki Mitsue, la compositrice Hashimoto Yukari et le chara-designer Taniguchi Junichiro) et classé comme comédie romantique, je m’attendais à une série très similaire.

C’était un peu bête de ma part, car “Gekkan Shōjo Nozaki-kun” est l’adaptation d’un manga. Dans ce cas le studio est exécutant, grossièrement parlant. Ici, nous sommes dans le cas d’une œuvre originale. Un bon point, soit-dit en passant, car potentiellement annonceur d’une histoire “finie”. Ça parait stupide à relever, mais c’est assez rare pour en faire un point positif. Dans le cas d’une œuvre originale, le studio n’est plus exécutant mais créateur. Logiquement, le titre n’a aucune raison d’y être semblable, quant bien même le studio et le staff sont similaires, si ce n’est l’aspect graphique.

J’ai dit “graphique” !

Un script frustrant

Malheureusement, ce qui s’avère être un excellent bon point et même une force, va se transformer en faiblesse. Avec une œuvre originale, on s’attend justement à une conclusion aboutie… Mais, sans rentrer dans les détails, la série finit capricieusement. Dans une romance, ce fameux moment qu’on attend tous semble avoir été pensé maladroitement et très rapidement. Nous avons à peine le temps de respirer face à la “résolution” de la problématique relationnelle de la série, que le générique vient nous mettre dehors. Une résolution qui passe comme un gênant tour de “passe-passe” peu développé et quelque peu incohérent.
Pour finir, les romances secondaires (personnages secondaires) passent totalement à la trappe et aucune scènettes exclusives ou visuels bonus ne viendra vous en dire plus… Quelle frustration ! Un problème de story-board ? Un manque de budget, de temps ? Une maladresse ? On ne saura jamais vraiment…

Comédie romantique, quand tu nous tiens

On sent que l’accent final a été maladroitement accès aux mauvais endroit, au mauvais moment. Mais finalement, je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces semaines ou je trépignais en criant “Je veux la suiiiiite!” en roulant sur le canapé. À chaque épisode, on savait qu’on allait rire ou s’attendrir… Bref, qu’on allait passer un bon moment, léger, sans prise de tête. “Tada-kun wa koi wo shinai” est une série simple, sans grande prétention, avec son lot de points forts et de points faibles. Mais elle apporte surtout son lot d’humour et son lot de romantisme, à sa manière.

La série est drôle, parfois même vraiment très drôle. Que ce soit les quiproquos, les situations ridicules ou les réactions des personnages, l’humour est maîtrisé par le titre qui sait vaciller naturellement entre le n’importe quoi et l’émotionnel. Pour conclure dans mes comparaisons avec mon cher “Nozaki-kun“, le blason “comédie”, dignement porté, brille d’une autre manière. Ici, l’humour est un support à la romance, et non l’inverse. Globalement, le titre tient ses promesses : le côté romantique (incluant les relations amicales et familiales) et les personnages se veulent plus développé, apportant l’originalité nécessaire pour en faire une bonne série du genre.

L’humour de la série nous surprend toujours au moment où on l’attend le moins…

Personnages, je vous aime

Les personnages, justement, parlons-en. Avec ce titre, pas de très grandes originalités dans le chara-design, bien que graphiquement réussi, ou dans la conception globale des personnages. Physiquement et moralement, on retombe sur des cas plutôt habituels. Mais la série parvient avec adresse à nous faire oublier ces quelques clichés : tout repose sur l’interaction entre les personnages. Leur façon de parler, leurs manies dans la gestuelle, leurs passions ou leurs expressions, tous ont ce petit quelque chose qui provoque cet attachement envers chacun d’eux.

Vous allez forcément les aimer, aussi clichés vous semblent-ils à première vue…

Par exemple, prenons Teresa (l’héroïne), une amoureuse du Japon qui, entre deux répliques de Rainbow Shogun, formule sans cesse ses excuses ou remerciements à coup de “Katajikenai !“. Une expression que le personnage utilise très souvent, qui sera reprise plus tard par Tada, le héros, à force de l’entendre, tout comme on reprend les expressions entendues régulièrement. C’est idiot vu comme ça, mais c’est le genre de détails malins qui donne aux personnages une petite touche d’humanité.

Ce n’est qu’un petit exemple, mais finalement, c’est ce qui fait qu’on les aime. Et si on aime les personnages, on a envie de les suivre, même dans la plus grande banalité de leur quotidien. Même si, selon moi, les dialogues théâtraux et les (insupportables) scènes de rires collectifs n’étaient pas nécessaire pour nous les faire aimer…

Non vraiment, les rires collectifs, faut pas…

Évidemment, il faut reconnaître que cet attachement est dû en grande partie au panel de doubleurs et de doubleuses de grande qualité dont profite la série. Dans l’animation japonaise ou ailleurs, un personnage fictif aussi bien écrit soit-il n’est rien sans une voix pour lui donner vie.

Que ce soit Kaoru, doublé par le génialissime Miyano Mamoru et sa capacité incroyable à doubler les gentils idiots comme les pires psychopathes (Light Yagami de “Death Note“, Suô Tamaki de “Ōran High School Host Club“). Ou Tada, dont le calme et la maturité vivent à travers le parfait (et retrouvé) Nakamura Yuichi (Nozaki Umetarō de “Gekkan Shōjo Nozaki-kun“, Oreki Hōtarō de “Hyōka“). Il y a aussi Charles de Loire, ce cher gentleman “luxembourgeois” dont on reconnaîtra la voix suave de Sakurai Takahiro (Cloud Strife de “Final Fantasy VII“, Reigen Arataka de “Mob Psycho 100“). Impossible de tous les lister, mais le fait est que la série prend vie grâce aux personnages dont elle tire tout son humour et son authenticité.

Une réalisation fidèle au studio Doga Kobo

L’histoire est sans grande prétention, bien-sûr, mais ce n’est pas pour autant qu’on lésine sur la qualité. La série, il faut le souligner, est visuellement très propre. Une propreté qui suivra sur la totalité de la série, épisode après épisode.

La réalisation fait preuve de minutie sur les effets de lumières et les décors, notamment le café familial ou encore la salle du club, et présente un soin et un soucis du détail appréciable. En plus des personnages, le tout combiné est un mélange de couleurs douces qui nous éloigne de l’habituel style “flashy” immonde à vous faire porter des lunettes de soleil devant votre écran. Toujours en accord avec l’ambiance, ces mêmes couleurs troquent parfois leurs douceurs ou leurs luminosités pour devenir plus ternes (dispute, discussion sérieuse, etc.) ou plus pastels/rosés (scènes romantiques).

Le café est particulièrement joli…

Des couleurs qui évoluent joliement selon la météo, l’ambiance, ou la période de la journée…

Côté son, on a malheureusement le cas classique d’un OST timide qui ne surpasse pas sa mission primaire, celle “d’ambiancer” musicalement la série. Cette absence de charisme sonore de la bande son est par contre contre-balancée par des génériques sympathiques qui définissent la série mieux que moi : d’un côté, l’opening très rythmée, qui met en avant l’esprit comédie, et de l’autre, l’ending, adapté d’une très belle chanson du groupe Sambomaster (dont la version est meilleure selon moi), qui en dépeint tout l’esprit romantique…

Au Japon, fais comme les japonais

Je ne peux évoquer la série sans vous parler du problème récurent dans le genre de titre à traiter de voyage et d’étrangers culturels.

La série mets en scène des personnages venant du Larsenburg, un pays imaginé proche du Luxembourg, en voyage immersif au Japon. Et évidemment, même lorsque ces personnages parlent entre eux, ils se parlent japonaisAlors je sais qu’ils viennent d’un faux pays, mais pourquoi ne pas avoir saisi l’opportunité de mettre en avant ce choc culturel ? Il y a bien un choc, quand on voit que le héros ne sait pas aligner deux mots en anglais face à elle, qui manie le japonais comme sa langue maternelle. Bon après tout, les luxembourgeois sont particulièrement bons en langue, mais faut pas pousser. D’un autre côté, je ramène ma science, mais j’imagine terriblement mal Teresa, toute belle toute mignonne, se la ramener avec son accent luxembourgeois qui, il faut le dire, n’est pas des plus sexy…

“No, yes, okay.”

Mais tout comme on aime s’identifier à elle et à son amour pour le Japon en s’excitant dès qu’un endroit ressemble à un lieu de sa série préférée, j’aurais aimé pouvoir m’identifier à elle dans sa découverte du pays et du choc culturel entre les différents protagonistes. Bien-sûr, cet aspect manquant est justifié car le thème de la série ne se situait tout simplement pas là…

Un autre détail, qui n’est pas vraiment un véritable point négatif mais qui me fait toujours rire, c’est la vision des étrangers qu’ont les japonais. Bon déjà, s’il ne vient pas du Japon, il doit être blond, très important. Et il doit porter un costume, tout le temps ! Et dans la catégorie « Au Luxembourg et ses frontières, on est tous clichés et on s’appelle tous Paul ou Charles aux bouclettes blondes », je nomme « Charles de Loire », complètement symptomatique de la vision princière qu’ont les japonais envers les occidentaux.

“Bitch, I’m fabulous!”