Bonjour tristesse

Difficile de passer du temps à argumenter ce qui me semble évident quand le titre en question est l'un des pires qu'il m'ait été donné de voir sur ces 100 dernières années d'animation japonaise. Mais parce que c'est plus drôle quand c'est de la merde, alors parlons-en tiens.

Pas d’originalité, pas de pitié !

Isekai Māo[…]“, c’est un peu le genre de titre déjà vomi 30 fois, qui a été re-mangé puis re-vomis et ainsi de suite. Toujours la même rengaine. Vous prenez un mec banal, vous le téléportez dans un monde parallèle lié à un jeu vidéo. Ensuite, vous en faites le meilleur joueur du jeu ou vous l’entourez de nanas pour en faire un harem.

Dans la famille “déjà-vu”, je demande…

Le coup de la propulsion dans un “monde parallel/jeu vidéo”, il faut arrêter maintenant. Tout le monde a compris l’idée je pense. Et tel qu’il est exploité ici, il ne valait pas la peine d’être recyclé une énième fois…

Vous n’aviez pas d’autres Light Novel à adapter ? Il n’y a pas d’autres histoires plus intéressantes que celle-ci ? Bien-sûr que si. Ce qui pousse à choisir “Isekai Māo[…]” parmi les autres, ce sont les tendances. Ajoutez-y un peu de fan-service, et ça marche. Je suis étonnée de voir avec quel détachement il est facile de vendre une merde pareille comme une série. Mais cette série marche et engendrera d’autres titres du même genre, tout comme “Les Anges de la téléréalité” arrive à une dixième saison. Les mêmes trucs abrutissants se répètent, et aussi navrant que ça puisse me paraître, ça fonctionne.

En bref, la série n’a même pas essayé de camoufler sa seule envie de vendre de la fesse. L’univers se contente d’un background pré-mâché, sans aucune originalité. Le sujet est plat, l’aventure est fade. Très franchement, qui peut prétendre regarder cette série pour l’histoire ? Personne !

Tu ne crois pas si bien dire…

Et si l’univers et le scénario font déjà sombrer la série parmi les pires, c’est surtout tout un travail de réalisation qui manque à l’appel. L’animation ? Les poitrines, c’est nickel, le reste ne casse pas des briques. L’OST ? Totalement absent. Les ambiances sonores sont tout simplement pitoyables si vous osez tendre l’oreille. Les génériques ? À l’image de la série. Les décors ? Vides, qui sentent la flemme à plein nez.

Vous sentez toute la fantaisie dans ces décors ?

Et puis merde, c’est de l’heroic-fantasy/médiéval ! Ce genre mérite un minimum de travail ! Quitte à écrire un Light Novel avec un tel univers, aussi rébarbatif soit-il, faites de la nouveauté ! Ne nous ressortez pas les mêmes clichés à la con ! Essayez au moins de faire semblant d’en avoir quelque chose à faire…

Waouh, même le boss a des gros seins… C’est fort.

Quand on constate la médiocrité artistique et scénaristique du titre, et cette remarque vaut surtout pour l’œuvre d’origine : ce genre a été utilisé dans l’unique but de suivre les tendances, rien de plus.

Bref, il reste quoi ? Ah, les personnages !

Un héros à la con

J’ai un peu de mal à comprendre ce qui plaît dans ce genre de comédie. Dès le premier épisode, on nous vend un pauvre mec pour héros, seul, qui porte une haine emplie de jalousie envers les couples jouant ensemble aux jeux vidéo, disant que cet univers n’est pas fait pour eux. Ça me rappelle un peu la série “Watamote“, qui suit le quotidien d’une lycéenne seule, mal dans sa peau, qui imagine une autre vie dans sa tête. Je sais pas… C’est triste, non ?

Mon baromètre de cliché vient de me lâcher…

D’une part, les jeux vidéo passent encore pour un échappatoire à la réalité pour puceaux solitaires avant d’être considérés pour l’art qu’ils représentent. D’une autre, on est censé rire de lui, donc ? Rire du fait qu’il est tellement seul qu’il n’a jamais vraiment parlé à quelqu’un et qu’il est pris de nausées quand il y a trop de monde autour de lui, même une fois dans le jeu ? Ah mais voilà, c’est une question d’identification, super ! Les passionné(e)s du virtuel, c’est donc ça…

Allez, riez maintenant.

Attendez, vous êtes sûrs que les gens ont envie de s’identifier à lui ? Ce même “héros” à la con qui avoue “avoir dû en profiter” quand il reçoit des bisous sur la joue ? Qui est trop timide pour poser sa main sur l’épaule d’une fille qu’il harcelait sur le lit il y a cinq minutes..?

À côté de ça, la série vous envoie une information qui me fait sourire : le haut level du héros. Un détail qui, selon l’auteur, devrait engager une marque de respect envers lui. Mais selon moi, pourtant passionnée de jeux vidéo depuis ma plus tendre enfance, un con level 150 reste un con. Ce héros n’a rien qui puisse inspirer une quelconque estime ou un simple attachement. Je ne ressens NI respect NI compassion pour lui. Il est juste vide, créé à partir de tendances stéréotypées idiotes pour une série sans saveur.

“Comment on fait pour parler à des filles ?”

Mais qui voilà ?

Je l’ai légèrement souligné plus haut, mais impossible de parler de cette série sans évoquer le fan-service qui en dégouline. Ça paraît absurde, mais cette œuvre a été créée pour le fan-service. Chaque scène, chaque personnage, chaque détail… Tout a été calculé pour faire rebondir une poitrine ou foutre tous les personnages dans le même lit. Le fan-service prend une place tellement abusive que ça en devient drôle. Mais pas dans le bon sens, évidemment.

Présenter la poitrine avant le visage, meilleure introduction de personnage qui soit…

Foutre des colliers scellés aux deux héroïnes comme gage “d’appartenance” au héros, sexualiser encore et toujours des gamines qui ont l’air d’avoir 11 ans, transformer n’importe quelle scène en pornographie non-assumée et faire passer ça pour du gag… C’est ça, qui mérite une licence de Crunchyroll ? C’est ça, la plateforme qui se vend comme leader mondial du domaine ? Crunchyroll, détenteur d’une licence foireuse assumée difficilement, à coups de censures sur tous les plans, en annonçant la sortie des épisodes en tout petit sur le site ?

Et à côté de ça, des titres comme “Tenrū : Sirius the Jeager” sont tout juste repêché de justesse par Netflix, la seule plateforme qui semble avoir un minimum de goûts cet été…

Ah, l’art de la censure…

À choisir, je préfère encore me taper le BL dissimulé dans la troisième saison de “Free!“, au moins Kyoto Animation ne se fout pas de ma gueule quand on parle de réalisation, d’animation et d’un minimum d’estime pour l’animation japonaise.

Les rétorques habituelles

Je vois déjà d’ici les habituelles rétorques comme “Il en faut pour tous les goûts !“, “Personne ne te force à regarder !” ou encore “C’est pour les mecs…“.

Il en faut pour tous les goûts ?

Ah oui, bien-sûr, tous les goûts. Alors où sont-ils les autres goûts, en cet été 2018 dégoulinant de projets du même genre ? Qu’est-ce qu’on regarde alors ? Si on enlève les harems,  les titres du style “Mec banal propulsé dans un jeu vidéo”, plein de nenettes pulpeuses et abruties. Si on enlève les titres qui semblent avoir été créés dans l’unique but de faire du fan-service. Il en reste quoi, cinq ? Dix, peut-être ? Sur une soixantaine de séries cet été, ça fait peu. Il en faut pour tous les goûts certes, mais un peu d’égalité ne serait pas de refus.

Personne ne me force à regarder ?

Ah si, il y a bien quelqu’un. C’est moi, en fait. Car c’est peut-être les quelques personnes qui sauvegarderont (plusieurs fois) 25 minutes de leurs vies à regarder d’autres titres qui en valent la peine, rien qu’en lisant cet article, qui me forcent à regarder des titres comme “Isekai Māo[…]“.

C’est pour les mecs ?

Si vous pensez que je ne suis pas la cible en tant que femme… Vous, en tant qu’homme, vous êtes heureux d’être ciblés de la sorte ? Comme des crétins impuissants devant une grosse poitrine ? Parce que là, ce n’est pas du gag, même si la série essaye de vous le faire croire. C’est réellement ce qu’ils pensent de vous. Les personnages féminins sont des objets sexuels et les personnages masculins, des crétins pervers. Ce n’est ni de l’humour noir, ni de l’humour absurde, ni aucune autre sorte d’humour. C’est juste incroyablement cliché et sans aucune profondeur permettant une quelconque dérision.