Le mélange culturel, un vrai point fort

"Ani ni Tsukeru[…]", adaptée du Manhua (BD chinoise) de You Ling, s'impose dans le planning en cet été 2018 comme une véritable série comique authentique qui mérite bien plus d'intérêt qu'il n'y paraît…

Parlons peu, parlons bien

Ani ni Tsukeru[…]“, adaptée d’une BD chinoise (Manhua), est une série totalement à part. Que ce soit son style graphique, sa réalisation, son format ou ses origines, rien ne ressemble aux séries habituelles. Même si aujourd’hui, de plus en plus de séries (surtout comiques) partagent ce format d’épisodes très courts ou proviennent de Manhua (BD chinoise) ou Manwa (BD coréenne), ce ne sont pas forcément les plus populaires. Mais quand on prend le temps de les découvrir, on y décerne des qualités surprenantes.

Même si ce genre de série n’est pas de ceux qui resteront gravés dans les mémoires, il fait partie de ceux qui vous feront passer un excellent moment et qui méritent amplement le titre de référence du genre. Et malgré son style purement comique, elle offre en plus un fil conducteur dans la continuité des épisodes. Nous retrouvons les personnages de la première saison et tous les évènements passés ne sont pas oubliés. L’humour est absurde, certes, mais pas l’histoire…

Les plus courtes sont-elles les meilleures ?

Fidèle à l’œuvre originale, le format “saynète” choisi est un des meilleurs moyens de maîtriser un contenu purement comique comme ici. Néanmoins, les saynètes ne durent pas plus de trois minutes (sans le générique). En sachant que le rythme de diffusion est le même que les séries communes, c’est-à-dire un épisode chaque semaine, “Ani ni Tsukeru[…]” est presque victime de son succès. Car si l’humour est particulièrement bon et les sketchs bien rythmés, il est frustrant de suivre la série semaine après semaine… Un format plus long, regroupant plusieurs saynètes pour arriver à environ dix minutes minimum, aurait sûrement été moins frustrant.

L’instant conseil
Bien-sûr, dans le cas d’une diffusion terminée, la frustration vis-à-vis de la durée des épisodes s’apaise logiquement. Selon moi, il est donc préférable d’éviter de suivre la série en pleine période de diffusion et d’attendre qu’un minimum d’épisodes soient sortis (voire la totalité) pour profiter un maximum de l’œuvre !

Quand une faiblesse devient une force

Je ne sais pas si la coordination d’un format si court avec un tel rythme de diffusion est dû à un manque de budget, mais dans la réalisation, ce manque est totalement invisible. Le studio Fanworks n’est pas des plus populaires et pourtant, la maîtrise du projet est bien là. L’animation, très spéciale, est en parfaite adéquation avec le rythme des personnages, l’humour qui leur donne vie et la mise en scène qui en ressort. On est loin du style statique auquel nous sommes habitués aujourd’hui.

L’humour fonctionne aussi grâce à ce dynamisme, tout comme les vignettes s’enchaînent dans la version papier…

Les personnages sont constamment en mouvement : on reste rarement planté sur un même plan plus de 10 secondes. Il en ressort même plus d’interactions dans le mouvement et les expressions des personnages en trois minutes chrono qu’en vingt-cinq minutes d’épisodes de certaines autres séries… Et même si les personnages évoluent et interagissent dans des décors plutôt minimalistes, j’y ressens davantage leur envie de concentrer le spectateur sur l’humour et sur les personnages qu’une réelle flemmardise. On est clairement dans un parti pris graphique, fidèle à l’œuvre d’origine, qui rejoint le style “cartoon” de la série.

On remarque des contours noirs sur les personnages qui accentuent graphiquement leurs mises en avant dans un plan.

À côté de ça, la série est assez colorée sans tomber dans le flashy. Le ton graphique y est surtout assez authentique pour que l’humour qui déborde de la série ne soit pas son seul point fort. À vrai dire, avec des épisodes qui ne dépassent pas trois minutes, une réalisation graphique ratée aurait été plutôt décevante…

Le point fort de toute adaptation animée

Dans ce mélange, si les japonais sont parfois maladroit dans l’écriture, la qualité de leurs doubleurs et doubleuses est irremplaçable. Dans les rôles des deux personnages principaux, qui représentent le centre de la série, je reconnais avec joie mon chouchou, Yuuichi Nakamura (Okazaki Tomoya de “Clannad“, Oreki Hōtarō de “Hyōka“) aux côtés d’Amamiya Sora (Kirishima Tōka de “Tokyo Ghoul“, Elise de “Bungō Stray Dogs“).

En comptant les personnages secondaires, la vie offerte aux protagonistes grâce à la qualité du doublage est un point d’autant plus important dans le genre comique. En sachant que le doublage est un plus propre à une adaptation animée, on constate facilement que le ton des personnages apporte un plus au rythme humoristique des sketchs.

Le mélange culturel a du bon

Encore une fois, le mélange culturel (ici Japon/Chine) apporte souvent une touche d’originalité de plus en plus rare parmi les plusieurs centaines de titres produits chaque année. En général, quand un média est le fruit d’une co-production ou d’un simple lien entre plusieurs pays, quels qu’ils soient, on a souvent un résultat assez authentique qui mérite selon moi un minimum d’intérêt.

C’est un premier exemple bête mais le générique chinois (contrairement à la saison 1 avec un générique japonais), c’est plutôt cool ! Certes, j’ai toujours ma petite préférence pour la beauté chantante de la langue japonaise, mais c’est cool !

Et si l’originalité pèse lourd sur la balance côté points positifs, elle n’est pas le seul résultat démonstratif des avantages d’un tel mélange culturel. Car si l’œuvre d’origine était bel et bien un Manga (Japon) et non un Manhua (Chine), une histoire entre frère et sœur telle que nous raconte “Ani ni Tsukeru[…]” aurait forcément tourné en brother/sister complexe… Oui, de l’inceste quoi. Alors non, ce n’est pas un cliché ou une boutade, c’est un véritable constat. Ça me désespère, mais le Japon est passé maître dans l’art de banaliser l’inceste, pour ne citer que ça. Alors quand on a enfin droit à une comédie familial sans scènes ambigües dans la fratrie, on savoure le mélange, on savoure….

Rêve japonais VS Réalité universelle