BL Métamorphose, la passion du manga se partage

BL Métamorphose, la passion du manga se partage

De TSURUTANI Kaori

Il y a des titres qui marquent. Cette sensation d’avoir mis la main sur une œuvre unique, comme celle-ci, je ne l’avais pas ressentie depuis la lecture du manga “Le chant des souliers rouges” de SAHARA Mizu.
Et si vous pensiez que seuls les personnages dans la fleur de la jeunesse pouvaient jouer les héros, attendez un peu de voir ce qu’en pense la mangaka TSURUTANI Kaori.

Histoire

L’histoire met en parallèle le quotidien de Yuki, une grand-mère japonaise veuve et Urara, une jeune adolescente et apprentie libraire, que tout oppose. Un jour, en flânant dans la librairie où travaille la jeune fille, Yuki va s’intéresser à un manga, attirée par la beauté de sa couverture. C’est en le lisant une fois chez elle qu’elle comprend qu’il s’agit en fait d’un Boy’s Love (romance entre garçons). Surprise mais néanmoins charmée par le titre, elle veut absolument en connaître la suite. Urara, vraie passionnée du genre mais terriblement timide et complexée, va finalement la guider, la conseiller et, pour la première fois, partager sa passion avec quelqu’un d’autre.

Commence alors, entre les deux protagonistes, une amitié intergénérationnelle liée par cette passion insolite…

Mon coup de cœur de l’année

Quoi ? L’année n’est pas terminée vous dites ?! Humph ! Peu importe, je ne risque pas de changer d’avis…

À peine le manga en main, de ses jolies couleurs pastel à sa couverture style “papier d’aquarelle”, il ne m’a pas fallu plus d’un chapitre pour m’attacher à l’histoire et à ses personnages. Difficile à croire, mais il s’agit pourtant bel et bien du tout premier manga de TSURUTANI Kaori, élu meilleur seinen dans l’édition 2019 de Kono Manga ga Sugoi! (Classement : Mangas pour “filles”).

Tout est dans le trait

Les dessins de la mangaka impressionnent tant ils saisissent avec une telle simplicité dans le trait. Et comme le disait si bien ce cher Léonard de Vinci : “La simplicité est la sophistication extrême”. Malgré son style cartoon, le plus impressionnant reste les traits drôlement expressifs des personnages qui leur donnent ce côté terriblement humain. Il suffit de peu pour comprendre leurs sentiments ou leurs pensées quand ils sont indirectement exprimés.

Comme dans cette scène toute simple, par exemple…

Les chapitres sont courts, intéressants et sont souvent rythmés par une succession de cases “silencieuses” ou les actions se suivent et se comprennent sans un mot. D’une part grâce à l’hyper expressivité des personnages (comme plus haut) et d’autre part, grâce à un story-board réussi, tout simplement.

Ça paraît peut-être idiot à souligner, mais ce genre de schéma “silencieux” offre des passages (un acte du quotidien, l’état d’esprit du personnage, la solitude surtout…) qu’on ne peut comprendre plus justement qu’ainsi.

Et lorsque les planches sortent de leurs “silences”, ce sont des dialogues très simples et naturels qui viennent renforcer l’humanité et le caractère bien défini de nos deux héroïnes.

Ambiance et personnages

L’ambiance du manga dépeint l’extrême banalité du quotidien, qu’il soit celui d’une vieille dame veuve ou d’une jeune adolescente. Que ce soit avec Yuki ou Urara, l’âge de chacune offre à l’histoire plusieurs analyses et plusieurs identifications possibles.

Urara (gauche) et Yuki (droite)

Leurs problématiques quotidiennes sont très différentes, bien que toutes les deux liées par cette même solitude et cette gentillesse naturelle. C’est en cela que le duo prend tout son sens et s’illustre comme l’intérêt même de l’histoire : l’influence mutuelle qu’elles représentent l’une pour l’autre et leur “métamorphose” qui en découle.

Finalement, cette passion pour le Boy’s love joue simplement le rôle de lien entre nos deux héroïnes, comme un fil rouge du destin des plus originaux…

Le boy’s love (BL), un simple “accessoire”

Je ne suis pas une grande passionnée de Boy’s Love ou même, plus généralement, de Yaoi. Pour tout vous avouer, je n’en ai jamais lu et je ne m’y intéresse pas vraiment. Mais ça ne m’a pas empêché de savourer chaque planche de ce premier tome. Si vous êtes un peu comme moi et que vous pensez être rebuté-e par le thème, détrompez-vous : le BL n’est qu’un accessoire secondaire, bien qu’essentiel, à l’histoire.

Un accessoire qui lui ajoute d’ailleurs ce côté comique, insolite et plus léger, histoire de contre-balancer les passages plus “noirs” de certaines scènes (vieillesse, solitude…).

Les réactions de Yuki, la grand-mère, en pleine lecture de son manga BL me font toujours sourire

L’auteure, bien qu’elle-même amatrice du genre, n’a pas écrit cette histoire pour les fans qui partagent cette même passion. L’œuvre vise tous les passionné-e-s de manga en général. Finalement, je dirais même que son message s’adresse à quiconque en feuillette les pages. Peu importent vos goûts ou votre âge, le titre sensibilise par l’humanité de ses personnages et leurs réflexions.

Et quand bien même vous n’êtes pas un-e grand-e amateur/trice de Boy’s Love, vous vous amuserez sûrement, comme moi, à vous reconnaître dans les réactions de nos deux protagonistes, similaires à tout passionné-e de manga en tout genre…

Le doubleur Yuuki Kaji (Eren dans “Shingeki no Kyojin“), voix off dans la vidéo promotionnelle du manga au Japon, avait partagé son ressenti sur l’œuvre, disant “s’identifier au portrait fait des relations humaines, comprenant très bien que la timidité et les complexes rendent ces connexions compliquées“.

Au final, le manga est d’une telle simplicité narrative qu’il se dévore en un instant ! Agréable à lire, d’une tendresse et d’une justesse épatante, “BL Métamorphose” est clairement ma plus grande recommandation manga de cette année 2019…

Interview de TSURUTANI Kaori

Si vous souhaitez en connaître davantage sur les dessous du titre, je vous conseille grandement l’interview réalisée par le journal Le Figaro, où la mangaka nous livre des tonnes d’anecdotes très intéressantes !


© Kaori Tsurutani 2018 / KADOKAWA CORPORATION

Commentaires 1
  • Yume-chanEh bien eh bien, je n'ai plus aucune raison de ne pas acheter ce manga. Ce titre m'avait d'abord tapé dans l’œil parce que je suis une grande amatrice de yaoi et je trouvais ça drôle qu'une personne âgée s'y intéresse. Et puis, j'aimais l'idée qu'une amitié intergénérationnelle soit tissée ; c'est une problématique qui se pose tellement dans notre société ! J'aime beaucoup les dessins, ils sont doux et tellement humains.Merci d'avoir partagé ton avis !